À la mémoire de Jacques Deveau et de Marie-Madeleine Robichaud et de leurs enfants Joseph, Jean, François-Christophe, Marguerite et Anne

Jacques Deveau est né à Beaubassin vers 1726 et Marie-Madeleine Robichaud est née à Cobequit vers 1731. Ils se marient à Port-Lajoie, île Saint-Jean, en 1751 et s'établissent à Havre-aux-Sauvages sur la côte nord de l'île Saint-Jean où le père de Jacques travaillait comme pêcheur et fermier depuis plus de 25 ans. En 1750, comme d'autres habitants de Cobequit, les parents de Marie-Madeleine, Pierre Robichaud dit Cadet et sa femme Susanne Brassaud, avaient quitté la Nouvelle-Écosse britannique pour s'installer à l'île Saint-Jean, une colonie française.

La Déportation des Acadiens de l'île Saint-Jean commence à l'automne 1758. Plus de 3000 Acadiens sont déportés de l'île. Contrairement à d'autres membres de sa famille, Jacques arrive à fuir avec Marie-Madeleine et d'autres Acadiens, y compris Pierre Robichaud et sa famille. Ils prennent refuge en territoire contrôlé par la France dans le nord du Nouveau-Brunswick actuel. Après la bataille de la Ristigouche en juillet 1760, les soldats britanniques mènent des raids en octobre 1761 contre les postes de réfugiés acadiens dans la région de Mirimachi et de la baie des Chaleurs. Lors de ces rafles, des centaines de familles acadiennes sont capturées ou doivent se rendre. Mais Jacques Deveau et son petit groupe de réfugiés semblent avoir pu vivre encore quelques mois en liberté, parce qu'ils ne sont amenés au fort Edward à Windsor, en Nouvelle-Écosse, que le 14 juin 1762. Jacques, Marie-Madeleine et leurs enfants arrivent au fort Edward avec Pierre Robichaud, ses fils (Pierre et Olivier), Joseph Bourg et Étienne Hébert.

D'après les listes des prisonniers au fort Edward, Jacques et tous les autres hommes en bonne santé sont escortés à Halifax le 11 juillet 1762 pour faire des travaux de construction et de réparation. Marie-Madeleine reste au fort avec les femmes, les enfants et quelques vieillards.

Une attaque de la France à Terre-Neuve inquiète les autorités à Halifax. Craignant d'autres attaques et se méfiant toujours de la loyauté des Acadiens, le Conseil d'Halifax décide de déporter les Acadiens détenus au fort Edward et dans la grande région d'Halifax. À la fin du mois d'août, environ 915 hommes, femmes et enfants acadiens sont donc embarqués à bord de sept navires à destination de Boston. D'après certains historiens, Marie-Madeleine et les autres femmes au fort Edward n'étaient pas à bord de ces bateaux. En dépit de toutes les pressions du gouvernement de la Nouvelle-Écosse, les autorités de Boston refusent d'accepter ces déportés. Par conséquent, les navires transportant les déportés reviennent à Halifax au début d'octobre 1762.

D'une façon ou d'une autre, Jacques est réuni avec sa femme. Pendant presque 15 ans, Jacques et Marie-Madeleine et leur famille élargie mènent une vie de nomade en Nouvelle-Écosse, se déplaçant au gré des autorités militaires qui profitent de la main-d'œuvre acadienne surtout pour les travaux de construction aux forts et les travaux de réparation des digues. Grâce au registre de l'abbé Charles François Bailly (le seul prêtre catholique dans le territoire actuel des provinces Maritimes entre 1768 et 1773), nous savons qu'ils sont restés quelques années dans la région d'Halifax-Dartmouth. Comme d'autres Acadiens, Jacques semble avoir travaillé sur l'ouvrage de fortification à Eastern Passage. À Chezzetcook, le 8 juillet 1769, l'abbé Bailly baptise un fils (François-Christophe) et une fille (Marguerite) de Jacques et Marie-Madeleine. Et le 1er octobre 1770, l'abbé Bailly est à Eastern Passage où il baptise leur dernier enfant (Anne), née à Dartmouth le 1er mai.

Après la fin de la guerre de Sept Ans et la signature du traité de Paris en février 1763, les Acadiens qui se trouvent en Nouvelle-Écosse ne peuvent officiellement plus être considérés comme prisonniers, même si beaucoup d'entre eux continueront à vivre et à travailler à proximité des forts jusqu'au milieu des années 1770, que ce soit à Annapolis Royal, à Windsor, à Dartmouth, à Halifax, ou ailleurs. En septembre 1764, le Conseil d'Halifax avait décidé de permettre aux Acadiens de s'établir dans la province à condition qu'ils signent le serment d'allégeance. Les Acadiens commencent à faire des pétitions pour obtenir des terres.

Il est impossible de savoir exactement à quel moment Jacques et sa famille élargie, qui comprend le père et deux frères de Marie-Madeleine, quittent la région de Dartmouth pour se diriger vers la Vallée de l'Annapolis et le sud-ouest de la province. Certains indices indiqueraient qu'ils s'y trouvent vers 1775. Cette année-là, 62 Acadiens ont reçu les titres officiels de leurs concessions de terre dans le canton de Clare, fondé en 1768. Presque tous ces Acadiens vivaient à Annapolis Royal (anciennement Port-Royal).

Pour une raison ou une autre, Jacques et Marie-Madeleine et leur petit clan s'installent d'abord à Cap Rouge (Rossway dans le canton de Conway) de l'autre côté de la baie Sainte-Marie. Il se peut qu'ils commencent à y défricher les terres bien avant la fin des années 1770. Leurs fils Joseph et Jean sont mariés et tous deux ont des enfants nés à Rossway en 1783. L'arrivée massive des Loyalistes en 1783 et 1784 dans le comté de Digby crée une nouvelle dynamique qui incitera Jacques et sa famille à vouloir vivre plus près de la population acadienne dans le canton de Clare.

Un Loyaliste jouera un rôle déterminant dans la vie de Jacques et Marie-Madeleine. Il s'agit du major Robert Timpany. Nommé arpenteur adjoint et juge de paix très peu de temps après son arrivée en Nouvelle-Écosse, il reçoit une grande concession de terre à Rossway. D'une façon ou d'une autre, Robert Timpany, Jacques Deveau et son fils Jean arrivent à une entente. Le 10 mars 1786, ils signent un document d'après lequel Jacques et Jean cèdent à Timpany leurs terres à Rossway et, de son côté, Timpany s'assure qu'ils reçoivent en échange 200 acres de la concession de John Morrison à la rivière aux Saumons. C'est ainsi que Jacques et Marie-Madeleine prennent possession des belles terres à l'embouchure de la rivière aux Saumons et qu'ils deviennent la famille fondatrice du village de Rivière-aux-Saumons.

- Texte par Sally Ross

deveau monument

Dévoilé le 7 août 2016, le monument commémore Jacques Deveau et Marie-Madeleine Robichaud, les premiers Acadiens à s'établir à Rivière-aux-Saumons dans le comté de Digby en Nouvelle-Écosse. Le monument bilingue se compose de deux cercles de granit rouge placés sur un socle de granit gris. Les cercles de granit ressemblent aux meules, rappelant les moulins qui se trouvaient autrefois le long de la rivière aux Saumons. Les symboles suivants sont gravés sur les deux « meules » : le drapeau acadien, deux croix, un saumon, un bateau à voile et une plume d'aigle.

Le drapeau acadien, créé en 1884, est le symbole moderne du peuple acadien. Les deux croix gravées à côté des noms symbolisent la foi catholique de Jacques et de Marie-Madeleine. Le saumon symbolise la vitalité et la ressource naturelle qui a donné son nom à la rivière et au village. Le bateau à voile représente la chaloupe ou la petite goélette au moyen de laquelle Jacques et Marie-Madeleine ont échappé à la Déportation de 1758. C'était aussi le mode de transport qui les a amenés à l'embouchure de la rivière aux Saumons en 1786. La plume d'aigle, symbole sacré des Premières Nations, rend hommage aux Mi'kmaq qui ont fréquenté cette région pendant des siècles avant l'arrivée des familles acadiennes.